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Les musiciens et les chanteurs de musique ne liront certainement pas ce texte. “Droit d’auteur?”, “copyright?”, c’est trop abstrait pour nous ça. C’est pour plus tard, c’est pour d’autres (= ceux qui ont réussi). Et pourtant, comprendre un minimum la matière et ses notions permet d’éviter, dès le départ, pas mal de mauvaises surprises… 

“Vinyl”, une excellente série à titre d’illustration

Dans les années 1970, Richie Finestra est un producteur de musique. Alors qu’il traverse sa crise de la quarantaine, il tente de faire renaître de ses cendres son label, en dénichant de nouveaux artistes et de nouveaux styles.” (Wikipedia).

Voici le pitch de l’une des meilleures séries de 2016: “Vinyl”. Cette série, produite par Martin Scorsese et Mick Jagger (qui a profité de l’occasion pour donner un des rôles principaux à son fiston) (on n’est jamais si bien servi que par soi-même n’est-ce pas), est révélatrice du pouvoir des producteurs de musique. Nous vous en conseillons la vision (ne fut-ce que pour le premier épisode dirigé par Martin Scorsese himself).

Un contrat spoliatoire que personne ne lit

Les premiers épisodes mettent en évidence le contrat que le producteur s’empresse de soumettre à la signature du groupe qu’il vient de trouver avant ses concurrents. Ce contrat, complexe et pourvu de nombreuses attrapes, contient une clause étrange à laquelle les musiciens ne font pas attention. Cette clause permettait au producteur de garder sous son emprise les groupes de son label.

Le producteur, lors de la signature empressée du contrat, annonçait un chiffre important au groupe mais sans leur dire que de ce chiffre serait par après décalqués, soustraits tous les frais qui seront liés à l’enregistrement du disque: frais de studio, frais de marketing et de promotion, etc.

Grâce à ce genre de clause (on peut croire que ce fut du vécu pour Mick Jagger comme ce le fut pour pas mal de groupes de musique), le producteur avait un réel contrôle sur ses groupes musicaux. En effet, si le disque premier ne fonctionnait pas assez, le groupe n’avait d’autre alternative que d’en faire un second auprès du même producteur.

Le producteur, un rôle de l’ombre mais prépondérant

La série met aussi en évidence les différents rôles du producteur. Outre un aspect de dénicheur de talents, le producteur trouvait aussi pour les différents groupes de son label les endroits où ils se produisaient, l’endroit où ils enregistraient les albums, les photographes, etc.

Les différents facettes du producteur sont excellemment décrites lorsque le héros de la série tente de convaincre Elvis de signer chez lui. Le héros rencontre Elvis à Las Vegas. Il s’agit de la fameuse période sirupeuse à souhait du King où il n’était plus que l’ombre de lui-même, dansant et chantant des chansons plus très…rock n’ roll. Le héros de la série tente alors de convaincre Elvis de rechanter comme à ses débuts. Elvis se sent revivre. Il est prêt à signer lorsqu’entre en scène le producteur attitré d’Elvis, le Colonel Parker. Celui-ci, voyant son poulain prêt à le quitter, convainc en deux mots et deux froncements de sourcils Elvis d’aller se coucher en prenant les pilules qu’il faut (et qui vont peu de temps après le tuer).

Impossible pour un chanteur de l’époque de passer outre les accords qu’il avait précédemment donnés à son producteur qu’il considérait parfois comme son mentor et comme quelqu’un à qui il devait tout, oubliant que c’était plutôt l’inverse.

En réaction, les groupes tentent de récupérer leurs droits

C’est pour réagir à ces situations que les groupes les plus influents d’aujourd’hui tentent par tous les moyens de récupérer leurs droits (et de profiter au mieux des avancées technologiques d’internet). L’exemple le plus frappant d’aujourd’hui est le groupe anglais Radiohead (dont le dernier album a été publiée ce dimanche 8 mai 2016).

Ce dernier, pour avoir l’entière liberté sur sa création, est, après avoir quitté EMI en 2007, dorénavant son propre producteur. Etre son propre producteur leur permet de choisir s’ils font un nouvel album, comment cet album sera publié, s’il sera payant ou pas, accompagné ou pas de restrictions techniques à l’écoute, etc.

Cette position leur octroi aussi le pouvoir de contrôler la diffusion de leurs albums: peuvent-ils être diffusés en streaming? peuvent-ils être publiés sur YouTube? les fans peuvent-ils publier sur YouTube des extraits des albums ou des concerts? Radiohead va même jusqu’à créer une société par album afin de pouvoir au mieux limiter les risques d’échec (peu probables avouons-le).

Ce pouvoir, Prince (décédé récemment) l’avait aussi. C’est pourquoi, peu de choses concernant le Kid de Minneapolis se retrouvent sur YouTube ou sur les sites de streaming. Prince n’avait octroyé une licence qu’au site de streaming de haute qualité nommé Tidal. Notez que, depuis le décès de Prince, subitement, nous retrouvons plus de vidéos de Prince sur YouTube qu’avant… Cela permettra peut-être de mieux faire connaître Prince à la jeune génération qui ne connait la musique qu’au travers de ce qui est disponible sur YouTube ou Spotify/Deezer.

Toutefois, nous pensons qu’une collaboration est possible et est meilleure pour les artistes. Ils se doivent de profiter au mieux de l’expérience et des carnets d’adresses des producteurs tout en étant attentif le plus possible aux termes des contrats qui leur sont proposés.

Un musicien averti en vaut deux!

Pictures: Musician By Chameleon Design, IN – Question Mark By João Proença, PT – Copyright By Thomas Hirter, CH

 

 

Axel Beelen